Mercator ou Equal Earth : quelle carte pour l’école ?

Une carte ne dit jamais tout du monde. Mais elle peut nous apprendre à mieux le regarder.

Pendant des générations, beaucoup d’élèves ont découvert la planète sur un planisphère de Mercator. Ce choix n’est pas absurde : cette projection est remarquablement utile pour la navigation. Le problème commence lorsqu’on lui demande autre chose : comparer la taille des continents, comprendre les rapports de superficie ou construire une image mentale fidèle du monde.

L’Afrique, par exemple, paraît souvent beaucoup moins vaste qu’elle ne l’est réellement. Elle est environ quatorze fois plus grande que le Groenland, alors que certains planisphères donnent l’impression inverse. Ce n’est pas l’Afrique qui change de taille : c’est la projection qui déforme l’espace.

Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution A/80/L.104, « Correct the Map ». Le texte encourage l’usage d’Equal Earth et d’autres projections équivalentes lorsque la comparaison des superficies est importante. Il ne bannit pas Mercator, n’impose pas une carte unique et ne modifie aucune frontière. Il appelle surtout à enseigner les cartes avec davantage d’esprit critique.

Sommaire

  1. Pourquoi aucune carte plane n’est parfaite
  2. Ce que Mercator conserve — et ce qu’elle déforme
  3. Ce qu’Equal Earth change dans la comparaison des continents
  4. Quelle carte choisir pour la classe ?
  5. Sortir de la guerre des cartes
  6. Actualité : ce que la résolution de l’ONU demande réellement
  7. Conclusion : voir le monde avec davantage de justesse
  8. FAQ
  9. Sources

1. Pourquoi aucune carte plane n’est parfaite

La Terre est une sphère — plus exactement un géoïde — et une feuille est plane. Passer de l’une à l’autre oblige toujours à sacrifier quelque chose. Une projection peut privilégier les angles, les directions, les distances, les formes ou les superficies, mais elle ne peut pas conserver toutes ces propriétés à la fois.

L’image la plus simple est celle d’une peau d’orange. On peut l’aplatir, mais elle se déchire ou se froisse. Pour fabriquer un planisphère, les cartographes acceptent eux aussi des compromis mathématiques. La vraie question n’est donc pas : « Quelle carte est la seule bonne ? » La question est : « Bonne pour quel usage ? »

Pour tracer un cap maritime, on ne demande pas à une carte la même chose que pour comparer la taille de l’Afrique, de l’Europe, de l’Asie ou de l’Amérique du Sud. Enseigner cette distinction est déjà une forme d’éducation à l’esprit critique.

2. Ce que Mercator conserve — et ce qu’elle déforme

Créée au XVIe siècle par Gerardus Mercator, la projection qui porte son nom a été conçue pour la navigation. Elle préserve les angles locaux et permet de représenter un cap constant par une ligne droite. Pour les navigateurs, c’était une avancée majeure.

Mais Mercator agrandit les superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Les régions proches des pôles paraissent alors surdimensionnées. Le Groenland semble parfois comparable à l’Afrique ; or l’Afrique couvre environ 30,37 millions de km², contre environ 2,17 millions de km² pour le Groenland.

Dire cela ne revient pas à déclarer Mercator « fausse ». Cela revient à reconnaître sa fonction. Une carte de navigation peut être excellente pour naviguer et médiocre pour comparer les superficies. Le problème n’est pas l’existence de Mercator : c’est son emploi automatique dans des contextes éducatifs où l’échelle réelle des continents est le message principal.

Un planisphère Mercator rectangulaire avec une route de navigation, comparé à une projection ovale à superficies respectées, reliés par un globe.
Chaque projection choisit ce qu’elle privilégie : la navigation et les directions ne demandent pas la même carte que la comparaison des superficies.

3. Ce qu’Equal Earth change dans la comparaison des continents

La projection Equal Earth, créée en 2018 par Bojan Šavrič, Tom Patterson et Bernhard Jenny, est une projection dite équivalente : elle conserve les rapports de superficie. Sur une carte Equal Earth, un territoire deux fois plus vaste qu’un autre occupe deux fois plus de surface sur le planisphère.

Elle ne rend pas les formes, les angles et les distances parfaits ; aucune projection mondiale ne le peut. Elle fait cependant un choix clair : quand le sujet est la taille relative des continents, elle évite de rapetisser visuellement les régions équatoriales et de gonfler celles des hautes latitudes.

Ce choix a une portée pédagogique forte. Il permet de replacer l’Afrique à son échelle réelle, sans remplacer une simplification par une autre. Une bonne séance ne présente pas Equal Earth comme une carte « magique » : elle explique ce qu’elle préserve et ce qu’elle déforme.

Silhouettes de l’Afrique et du Groenland à la même échelle, montrant l’Afrique très largement plus vaste.
À la même échelle, l’Afrique couvre environ quatorze fois la superficie du Groenland : une comparaison qu’une projection équivalente rend immédiatement plus juste.

4. Quelle carte choisir pour la classe ?

La meilleure réponse est : plus d’une carte, pour plus d’un objectif.

Pour une leçon sur la navigation, Mercator peut être montrée et expliquée. Pour une comparaison des superficies, Equal Earth ou une autre projection équivalente est plus adaptée. Pour faire comprendre la difficulté de toute représentation plane, un globe reste irremplaçable.

Voici une séquence simple de vingt minutes, utilisable au collège comme au lycée :

  1. Montrer un planisphère de Mercator et demander aux élèves de comparer l’Afrique et le Groenland.
  2. Donner les superficies réelles, puis demander ce que la première image leur avait fait croire.
  3. Montrer une projection Equal Earth et demander ce qui a changé — et ce qui n’a pas changé.
  4. Poser la question décisive : « Quelle carte choisiriez-vous pour une route maritime ? Pour un cours sur la taille des continents ? Pourquoi ? »

L’objectif n’est pas d’humilier celles et ceux qui ont appris avec Mercator. Il est de transmettre un réflexe : une image géographique est aussi un choix technique, historique et politique.

5. Sortir de la guerre des cartes

Le débat ne doit pas devenir une guerre de slogans entre « ancienne carte » et « nouvelle carte ». Aucune carte plane n’est neutre, et aucune ne peut tout montrer fidèlement.

Une pédagogie solide évite deux pièges. Le premier consiste à traiter Mercator comme une fraude intentionnelle. Son usage historique répondait à un besoin réel de navigation. Le second consiste à présenter Equal Earth comme une solution totale. Elle est particulièrement pertinente pour les superficies, mais elle implique d’autres déformations.

La nuance ne diminue pas l’enjeu. Elle le renforce. Comprendre les limites d’une projection permet de mieux voir les conséquences culturelles de son usage généralisé. L’esprit critique n’est pas une façon d’affaiblir une cause : c’est une façon de la rendre difficile à caricaturer.

6. Actualité : ce que la résolution de l’ONU demande réellement

La résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom du Groupe des États africains, a été adoptée par 164 voix pour, une contre et six abstentions. Son langage compte : elle encourage l’adoption, la diffusion et l’utilisation d’Equal Earth et d’autres méthodes équivalentes lorsque les tailles relatives sont importantes.

Le texte ne crée pas une carte mondiale obligatoire. Il ne condamne pas la pratique cartographique de navigation. Il ne traite ni de souveraineté, ni de délimitation, ni du statut des territoires. L’Union européenne l’a d’ailleurs rappelé lors de l’explication de vote.

Ce qui change, c’est le niveau de reconnaissance. La question de la taille représentée de l’Afrique n’est plus seulement une discussion entre géographes : elle devient un sujet d’éducation, de culture, de mémoire et de représentation internationale. L’Union africaine avait déjà adopté Equal Earth en février 2026 et appelé à revoir les programmes scolaires. La France a également annoncé dépasser Mercator dans ses usages diplomatiques, en privilégiant des représentations adaptées aux objectifs et plus fidèles aux superficies.

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Conclusion : voir le monde avec davantage de justesse

Choisir une carte est un geste plus important qu’il n’y paraît. À l’école, il ne s’agit pas de remplacer un symbole par un autre. Il s’agit de donner aux élèves les outils pour comprendre pourquoi le monde peut sembler différent selon la carte qu’ils regardent.

Mercator garde son intérêt pour la navigation. Equal Earth est précieuse pour comparer les superficies. Le globe rappelle la complexité de la Terre. Les montrer ensemble, c’est apprendre à ne plus confondre une représentation avec la réalité.

FAQ

Mercator est-elle une mauvaise carte ?

Non. Elle est très utile pour certains usages, notamment la navigation. Elle devient moins adaptée lorsqu’on veut comparer les tailles réelles des continents.

Equal Earth est-elle la carte officielle obligatoire de l’ONU ?

Non. La résolution A/80/L.104 encourage son utilisation, avec d’autres projections équivalentes, lorsque la représentation des superficies est importante. Elle n’impose pas une projection unique.

Pourquoi l’Afrique paraît-elle si petite sur Mercator ?

Parce que Mercator amplifie progressivement les superficies vers les pôles. L’Afrique, située majoritairement dans les basses latitudes, paraît donc visuellement réduite par rapport aux régions plus septentrionales.

Quelle carte utiliser dans un cours de géographie ?

Cela dépend de l’objectif : Mercator pour discuter de navigation, Equal Earth pour comparer les superficies, et un globe pour visualiser la Terre sans projection plane. Les comparer est souvent le meilleur choix pédagogique.

Sources

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