HISTOIRE

Indépendance d’Haïti- La rançon extorquée par la France- La bataille de Vertières

La Révolution haïtienne (de 1791 à 1802) a été menée par un homme qui a joué un rôle historique de premier plan : Toussaint Louverture est devenu l'une des grandes figures des mouvements d'émancipation des colonies par rapport à leur métropole.

La Révolution haïtienne (de 1791 à 1802) a été menée par un homme qui a joué un rôle historique de premier plan : Toussaint Louverture est devenu l’une des grandes figures des mouvements d’émancipation des colonies par rapport à leur métropole.

 

HALTE AUX MENSONGES, HALTE A LA FALSIFICATION DE L’HISTOIRE PAR LES BLANCS à leur avantage et au détriment des noirs. LA VERITE DOIT ECLATER

Il y a deux Histoires : l’histoire officielle, menteuse qu’on enseigne (dans les écoles et universités), puis l’histoire secrète, cachée où sont les véritables causes des évènements : une histoire honteuse ” (Honoré de Balzac, écrivain)

Qui contrôle les médias, contrôle les consciences

Nous Noirs devons IMPERATIVEMENT SAVOIR que nous sommes les victimes depuis le 18è siècle de la part des leucodermes de la plus vaste et abominable usurpation d’identité que l’Histoire ait jamais connue, de nos rois, reines, saints et personnages célèbres. Nous sommes aussi les victimes de la plus grande et monstrueuse falsification de l’Histoire jamais réalisée. Les leucodermes ont réalisé ce travail diabolique de maquillage et de crimes à l’aide de leurs sociétés secrètes mondialement présentes (voir chap les noirs étaient les 1ers européens : 12 indices, Rois noirs en Europe).

« Le maniement du passé est un instrument de pouvoir: le vainqueur pour légitimer ses conquêtes, l’oppresseur pour justifier sa violence altèrent, maquillent le passé de leurs victimes »   Source: B Saint-Sernin: l’Action Politique selon Simone Weil pp53

………de penser que cette race d’hommes noirs aujourd’hui notre esclave et l’objet de nos mépris est celle la même à laquelle nous devons nos arts, nos sciences et jusqu’à l’usage de la parole; d’imaginer que c’est au milieu des peuples qui se disent les plus amis de la liberté et de l’humanité, que l’on a sanctionné le plus barbare des esclavages, et mis en problèmes si les hommes noirs ont une intelligence de l’espèce des hommes blancs! (comte de Volney :voyages en Egypte et en Syrie 1783)

-”Tant que le lion n’aura pas ses propres historiens, les histoires de chasse seront toujours à la gloire du chasseur.” (Proverbe africain)

La connaissance de son passé, de sa culture ne sont-ils pas les 1ères formes de résistance à l’exploitation et à l’oppression ?

Nous les mélanodermes ne devons jamais prendre pour des vérités l’histoire et les faits racontés par les leucodermes (les blancs). Ceux ci- ont toujours fabriqué l’histoire à leur avantage, en construisant des mensonges  pour se donner la prééminence et en mettant sur un plan d’infériorité les autres races surtout noire. Nous devons nous interroger sur ce qui est raconté, faire des recherches afin de faire ressortir la vérité. Ce n’est pas toujours évident mais dans tous les cas nous ne devons jamais prendre ce qu’ils racontent pour paroles d’évangile. Nous connaissons leurs instincts d’égocentrisme, de prédation. De ce fait, Restons méfiants et vigilants.  

L’île des Antilles n’est pas endettée, elle est créancière. C’est la France qui lui doit de l’argent. Explications de Jérôme Duval, du CADTM. (politis.fr)

La misère des pays colonisés s’est largement accrue en raison d’un transfert de dette : les dettes contractées par les puissances coloniales auprès de la Banque mondiale pour rentabiliser au mieux leurs exploitations dans leurs colonies ont ensuite été transférées sans leur consentement aux pays colonisés qui accédaient à leur indépendance. Elles constituent un cas de dette odieuse, tout comme les dettes ultérieures contractées pour rembourser celles-ci.

La Révolution haïtienne (de 1791 à 1802) a été menée par un homme qui a joué un rôle historique de premier plan : Toussaint Louverture est devenu l’une des grandes figures des mouvements d’émancipation des colonies par rapport à leur métropole. Arrêté par le général français Leclerc le 7 juin 1802, sur ordre de Bonaparte, il est emmené en France, Toussaint Louverture finit ses jours en 1803, incarcéré en isolement sans jugement au fort de Joux, dans le rude climat du Doubs(Nord Est de la France), sans avoir pu connaître la proclamation d’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804 par son lieutenant, Jean-Jacques Dessalines.

À Saint-Domingue, dans la nuit du 22 au 23 août 1791, des dizaines de milliers d’esclaves entrent simultanément en insurrection armée, impulsant un long processus qui amène à la première abolition de l’esclavage de toute l’histoire, le 29 août 1793, et à la proclamation de l’indépendance. Saint-Domingue, récupérant alors le nom d’Haïti, devient la première république noire indépendante en 1804, cas unique dans l’histoire d’une révolte d’esclaves qui ait accouché d’un État. La France n’a sans doute jamais pardonné cette insurrection, entraînant la perte de revenus de son système esclavagiste et des milliers de plantations de sucre et de café détruites. Haïti la paie très chère : en 1825, le pays est contraint de payer à la France 150 millions de francs-or (soit le budget annuel de la France de l’époque) destinés à « indemniser » les anciens colons maîtres d’esclaves pour perte « de propriété », en échange de la reconnaissance de son existence en tant qu’État-nation. La rançon est imposée sous la menace d’invasion militaire : le 17 avril 1825, une flotte de 14 navires de guerre était massée dans la rade de Port-au-Prince, prête à intervenir, laissant entrevoir une possible restauration de l’esclavage en cas d’insoumission.

Cette rançon extorquée au peuple haïtien pour avoir « osé » accéder à l’indépendance, fut renégociée treize ans plus tard, en 1838, à 90 millions suite à un accord scandaleusement nommé « Traité de l’amitié ». Faisant ployer des générations sous le poids d’une dette illégitime, Haïti qui a lutté de longues années pour s’émanciper de la tutelle française et s’affranchir de l’esclavage, paiera, de 1825 à 1883, jusqu’au dernier centime la rançon à ses anciens colons. Pour Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), « l’argent doit revenir à l’État haïtien et à la société civile haïtienne. L’heure est venue de réparer cette double peine subie par l’île, l’esclavage puis la rançon. Le dénuement d’Haïti est dû au paiement de ces 90 millions de francs-or qui ont obligé le pays à s’endetter sur des décennies ».

Cette somme considérable obligea Haïti à s’endetter jusqu’en 1946, et le pays fut durablement entraîné dans la spirale infernale du surendettement, de l’appauvrissement et de l’instabilité. Le payement des intérêts de la dette contractée pour payer l’indemnité ne cesse qu’en 1952.

En avril 2003, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture, le président Jean-Bertrand Aristide affirme que c’est la France qui a une dette envers Haïti et non l’inverse. Il demande « restitution et réparation » pour les dommages commis par l’esclavage et pour la rançon exigée en 1825. Il réclame à la France 21 milliards de dollars, soit la valeur capitalisée des 90 millions de francs-or payés comme tribut. Mais après l’intervention politique et militaire franco-étasunienne qui a abouti au renversement d’Aristide en février 2004, les différents régimes qui vont se succéder à la tête de l’État haïtien, abandonneront la réclamation de restitution.

Il faudra attendre le tremblement de terre du 12 janvier 2010, provoquant au moins 250 000 morts et près de 1,3 million de sans-abris, pour qu’un président français se décide à fouler le territoire de son ancienne colonie pour la première fois depuis l’indépendance de l’île en 1804. Nicolas Sarkozy effectue finalement une visite éclair d’à peine quatre heures le 17 février 2010. Et d’annoncer quelque 326 millions d’euros d’aide. Or de cette somme, 56 millions ne seront pas mobilisés puisqu’il s’agit d’effacement comptable auprès du Club de Paris de la dette bilatérale que l’île a contractée vis-à-vis de la France.

La visite du président François Hollande le 12 mai 2015 a été accueillie par des manifestants réclamant « réparation » et « restitution » par la France de la somme versée par Haïti pour son indépendance. Hollande s’il a parlé de dette morale s’est toujours refusé à la restitution des milliards qu’Haïti a versés à la France. Cette dette morale, jamais Haïti n’en a demandé réparation. Elle est irréparable, nous en convenons. … la France a aussi une dette financière vis-à-vis d’Haïti. Cette dette est un cas unique dans l’histoire. C’est la seule fois où les vainqueurs ont payé tribut aux vaincus ». Et c’est de cette rançon payée pendant tout le XIXe siècle qu’il faut parler, puisqu’elle a entravé l’économie haïtienne, étranglé son développement et hypothèque encore son avenir.

Selon la théorie de la justice réparatrice, il ne suffit pas de reconnaître le tort causé, ce que Hollande a fait en 2015 ; il faut aussi restituer le bien volé et compenser la victime pour le tort causé, ce que le peuple haïtien réclame de la France aujourd’hui.

En 1988, les États-Unis ont offert des réparations aux Japonais-Américains indignement traités pendant la Seconde Guerre mondiale et ils en ont offert en 2011 aux Amérindiens dont la terre des ancêtres a été piètrement gérée par le gouvernement américain (Hétu, 2019). Les Allemands, dans le Traité de réparation Israélo-Allemand de 1952, ont proposé des réparations aux Juifs pour le traitement qu’ils les ont fait subir (Giniewski, 1954). Pourquoi les descendants d’esclaves noirs ne peuvent pas bénéficier du même traitement ?

Les Français bénéficient à ce jour des avantages procurés par le système esclavagiste en général et du paiement de la dette d’indépendance d’Haïti en particulier. Leur prospérité actuelle est la résultante directe de ces injustices passées. Ils ont une responsabilité collective de réparer ces torts (Dryzek, J., et al., 2008 ; Thompson, 2018; Hétu, 2019). De plus, la France en tant qu’institution perdure dans le temps. Si les gens, émissaires de l’institution, qui ont perpétré ces crimes ne sont plus de ce monde, l’institution quant à elle est encore présente ; qu’elle paye ce qu’elle a injustement acquis. Ainsi, « Étant liée à des enjeux considérables de justice économique, la réparation ne pouvait être balayée d’un revers de la main » (Tin, 2013; p. 20). Par ailleurs, s’acquitter de cette dette ne nuira aucunement au bien-être actuel du peuple français, alors que cela fera une grande différence dans la vie des Haïtiens. C’est un petit sacrifice qui contribuera au bien d’un très grand nombre.

L’argent qui aurait servi à développer le pays a été extirpé pour compenser une armée vaincue (les français); du jamais vu dans l’histoire de la guerre, que le vainqueur ait à payer un tribut au vaincu (Duval, 2017). La raison du plus fort doit-elle toujours être la meilleure et cautionner même l’inacceptable ?

Passage  du président français Hollande en Haïti en 2010

Haïti :Misère

Victoire d’Haïti sur la France contre le rétablissement de l’esclavage : La bataille de Vertières 18 novembre 1803-1ère défaite de l’épopée napoléonienne

La bataille de Vertières est la 1ère défaite subie par les armées de Napoléon Bonaparte durant toute l’histoire de l’épopée napoléonienne. Elle est liée au passé esclavagiste de la France.

Cette bataille jusqu’à aujourd’hui est volontairement occultée de l’histoire de France en raison de ses causes et des circonstances de son déroulement, car elle a vu des esclaves s’opposer au rétablissement de l’esclavage en Haïti et gagner leur liberté en vainquant l’armée la plus puissante d’Europe.

A ce moment-là, l’histoire d’Haïti est étroitement liée à celle de la Guadeloupe. Car, c’est en apprenant la défaite des troupes guadeloupéennes en mai 1802, et le rétablissement de l’esclavage par Richepance et ses troupes, que le général Dessalines prend la tête des troupes haïtiennes pour les conduire jusqu’à la victoire décisive du 19 novembre1803.

La bataille de Vertières s’est déroulée à Vertières près du Cap-Français (aujourd’hui Cap Haïtien) dans le Nord d’Haïti, le 18 novembre 1803. Elle marque la capitulation des troupes françaises de Napoléon Bonaparte devant les troupes haïtiennes commandées par le général haïtien Jean-Jacques Dessalines. Elle oppose les troupes commandées par le général de Rochambeau (envoyé par Napoléon) à celles de Dessalines. Ce fut la dernière bataille de l’expédition de Saint-Domingue. Haïti devenait le premier État noir des temps modernes.

La résistance des troupes menées par Dessalines et de la 9e brigade, commandée par François Capois, qui les mènent à la victoire finale, obligent Rochambeau à capituler.

Historique

En 1794, en France le gouvernement révolutionnaire abolit l’esclavage. Sa décision met fin à la révolte des esclaves de Saint-Domingue, déclenchée en février 1791 et conduite par Toussaint Louverture. Après s’être rallié au pouvoir, leur chef Toussaint Louverture est nommé général et parvient à chasser les troupes anglaises qui avaient débarqué à l’appel des colons blancs.

Puis, il commence à gouverner l’île réunifiée, de façon indépendante vis-à-vis de la France. Cela déplaît fortement au Premier Consul Bonaparte, arrivé au pouvoir en 1799 et soucieux de restaurer les positions de la France en Europe et dans le monde. Il envoie donc des corps expéditionnaires rétablir l’autorité de Paris à Saint-Domingue et en Guadeloupe.

La défaite française et la naissance d’une nation

36 navires et 23 000 soldats débarquent à Saint-Domingue au début de l’année 1802 sous les ordres du général Charles Leclerc. Leur arrivée provoque un soulèvement des anciens esclaves, sous la conduite de Toussaint Louverture.

Les Français lui tendent un piège : ils le font venir en prétextant vouloir discuter avec lui, puis le capturent de façon déloyale. A l’instant de monter sur le navire, Toussaint Louverture prononce ces mots célèbres : « En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses ». Déporté en France sur ordre de Bonaparte, il sera interné – sans jugement – au fort de Joux dans le Jura. Il y meurt des rigueurs du climat le 7 avril 1803.Son adjoint Jacques Dessalines lui succède. Il se rallie aux Français pour mieux éliminer ses rivaux, avant de se retourner contre eux.

Peu auparavant, le 2 novembre 1802, Charles Leclerc commandant des soldats français était lui-même mort victime de la fièvre jaune… comme beaucoup de ses soldats. Le temps joue pour Dessalines. Les renforts amenés par le général Rochambeau, 10 000 hommes, ne permettent pas de rétablir la situation des Français. Affaiblis à l’extrême, ils finissent par capituler le 18 novembre 1803, au Fort Vertières.

Des deux corps expéditionnaires, il ne reste guère plus de 2000 hommes. Suite à la victoire des insurgés, les garnisons françaises se rendent l’une après l’autre, permettant à l’ex-colonie de proclamer son indépendance le 1er janvier 1804. Elle prend alors le nom d’Haïti que ses premiers habitants les Amérindiens lui avaient donné.

Au total, c’est près de 70 000 hommes que le premier consul aura envoyés dans le seul but de rétablir le système esclavagiste à Saint-Domingue. 55 000 d’entre eux y ont perdu la vie, victimes des anciens esclaves ou des fièvres. Un fiasco humain au moins aussi important que celui de l’expédition d’Égypte. Néanmoins, la réputation du Premier Consul sur le continent européen n’aura pas à en souffrir (et les Français eux-mêmes se dépêcheront d’oublier cet épisode peu glorieux)

 

Toussaint Louverture- Indépendance d’Haïti

Bataille de Vertière -Indépendance d’Haïti

La France amnésique sur cette victoire haïtienne

Mais la bataille de Vertières et l’indépendance d’Haïti qui en découle sera plongée dans l’oubli par la France et les Français.

De fait, c’est un épisode qu’il faut s’empresser d’occulter de toutes les mémoires, un épisode qui amène les anciens esclaves de Saint-Domingue à proclamer l’indépendance de la colonie et qui est aussi le seul exemple d’une abolition de l’esclavage obtenue directement par d’anciens esclaves.

On comprend que, dans ces conditions, la perte de Saint-Domingue soit un choc national refoulé. Un oubli qui passe sous silence le fait que ce ne sont pas moins de 70 000 hommes que Napoléon aura envoyés dans le seul but de rétablir le système esclavagiste à Saint-Domingue. 55 000 d’entre eux y ont perdu la vie, victimes des anciens esclaves ou des fièvres. L’évènement n’entrera pas dans les livres d’histoire de la France.

Valmy, Austerlitz, Ulm, Waterloo… autant de batailles de Napoléon Bonaparte dont les noms nous sont familiers. Mais qui, en dehors d’Haïti, a déjà entendu parler de la bataille de Vertières, point d’aboutissement spectaculaire et sanglant de la guerre d’indépendance haïtienne ? Qui sait que cet affrontement s’est soldé, le 18 novembre 1803, par l’une des pires défaites napoléoniennes ? Qui sait que les Noirs s’y réclamaient des idéaux de la Révolution ? Ceux qui connaissent cette histoire sont peu nombreux, car la France vaincue s’est employée à effacer les traces de sa déconfiture dès la bataille terminée. Depuis 216 ans, Vertières est tour à tour occultée, à peine mentionnée ou encore mal datée, sans parler de l’argument encore prévalent selon lequel les soldats de l’armée indigène n’auraient pu triompher n’eussent été de la fatigue et du découragement des soldats français et de l’aide militaire de l’ennemi britannique allié à Jean-Jacques Dessalines. Pourtant, Vertières aurait dû faire date : son issue, désastreuse pour la puissance coloniale française, allait fissurer de manière irrémédiable les assises de l’esclavage et du colonialisme. Vertières consacrait la victoire du droit à la vie (et donc à l’afro-descendance), à la citoyenneté et à la liberté. La première défaite de Napoléon, ce n’est ni Baïlen en Espagne, ni Moscou, mais Vertières en Haïti, le 18 novembre 1803

Les troupes françaises étaient tellement bien implantées dans le fort Vertières, situé à deux kilomètres du Cap-Haitien, qu’elles pensaient que personne ne pourrait les déloger. Avec un astucieux dispositif de cavalerie, d’artillerie, et surtout de grenadiers qui méprisaient la mort, les forces indigènes (20 000 contre 5 000 Français), firent la preuve d’une étonnante supériorité pour vaincre la plus grande armée d’Europe : vaillance, courage, intrépidité, capacité d’organisation, de stratégie et de tactique, don de soi, générosité, etc. La volonté de vaincre était au plus haut point, même si le prix à payer en vies humaines était très élevé.

Les causes de la déforestation en Haiti

C’est d’abord à l’Empire français que l’on doit une part significative de la suppression de la forêt vierge au XVIIe et au XVIIIe siècles, détruite pour laisser place à des plantations de canne à sucre. La déforestation est aussi la conséquence du commerce de l’acajou ainsi que d’autres bois précieux, utilisés en particulier pour rembourser la dette imposée à Haïti par la France à la suite de son indépendance. Une autre cause est l’utilisation du charbon de bois :le charbon de bois est le combustible le plus utilisé pour cuisiner, pour une population de plus de 10 millions de personnes. . Il faut savoir que la part de déforestation impliquée dans l’utilisation du charbon de bois se rapproche plus de l’élagage que de la coupe des arbres ; elle a accru la profonde misère dans laquelle se sont trouvés les haïtiens afin de payer la rançon imposée par la France.

Haïti : comment la France a obligé son ancienne colonie à lui verser des indemnités compensatoires

 

Jalousie, bidonville bordant Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince, en 2013.

Une enquête du « New York Times » retrace l’histoire de la dette haïtienne et explique notamment comment la France puis les Etats-Unis ont exigé l’équivalent de centaines de millions d’euros au petit pays après son indépendance, en 1804.

Le 1er janvier 1804, les Haïtiens proclamaient leur indépendance à la suite d’une révolte d’esclaves contre les colons français. Deux siècles plus tard, Haïti figure parmi les pays les plus pauvres de la planète. Une situation souvent mise sur le compte d’un Etat défaillant et d’une corruption endémique. La misère persistante qu’elle endure est pourtant, en très grande partie, le fait d’interventions extérieures. C’est la conclusion d’une enquête (également disponible en version française) menée pendant treize mois par des journalistes du New York Times.

A travers une série de cinq articles, publiés le 20 mai, le journal américain retrace l’histoire de la dette haïtienne, révèle en détail qui en a tiré profit et explique comment elle continue d’affecter le pays. Avec, en toile de fond, cette question : et si le pays n’avait pas été pillé depuis sa naissance par des puissances étrangères et par ses propres dirigeants ?

A l’origine du malheur : la « double dette »

En 1825, vingt et un ans après son indépendance, Haïti voit un navire français – suivi d’une flottille de guerre – jeter l’ancre dans le port de Port-au-Prince, sa capitale. Un émissaire du roi Charles X vient lancer un ultimatum : verser à la France des réparations, faute de quoi la guerre sera déclarée. Sans véritable allié, le petit pays n’a guère le choix. Il paiera la somme exigée – 150 millions de francs, à verser en cinq tranches annuelles. « Le montant dépasse largement les maigres moyens d’Haïti », souligne le New York Times. En outre, la France oblige son ancienne colonie à emprunter auprès de banques françaises pour régler son premier paiement. A la somme initiale s’ajoutent donc des intérêts. C’est ce que les historiens appellent la « double dette ». Interrogé par le journal, l’économiste français Thomas Piketty parle de « néocolonialisme par la dette ».

Le quotidien new-yorkais évalue le montant total des sommes versées à 560 millions de dollars en valeur actualisée (525 millions d’euros). Mais à chaque franc payé aux anciens maîtres correspond autant d’argent qui n’est pas investi pour garantir la prospérité de la nation. « Les paiements à la France ont coûté à Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars [entre 20 et 108 milliards d’euros] en perte de croissance économique », conclut l’enquête du New York Times, qui évoque « une spirale d’endettement qui a paralysé le pays pendant plus d’un siècle ».

La Banque nationale d’Haïti entre des mains étrangères

En 1880, la France change de tactique. La Banque nationale d’Haïti est créée, mais elle n’a d’haïtien que le nom. Le quotidien américain détaille :

« Contrôlée par un conseil d’administration basé à Paris, elle a été fondée (…) par une banque française, le Crédit industriel et commercial, ou CIC, et génère des profits faramineux pour ses actionnaires en France. Le CIC contrôle le Trésor public d’Haïti – le gouvernement ne peut ni déposer ni retirer de fonds sans verser de commissions. »

Les archives retrouvées par le New York Times montrent que le CIC a siphonné des dizaines de millions de francs à Haïti au bénéfice d’investisseurs français et accablé ses gouvernements de prêts successifs.

Le CIC et sa maison mère, la Banque fédérative du Crédit mutuel (BFCM), a réagi, lundi 23 mai, en rappelant avoir « acquis le Crédit industriel et commercial, alors banque propriété de l’Etat français, à l’aube du XXIe siècle, en 1998 ». « Parce qu’il est important d’éclairer toutes les composantes de l’histoire de la colonisation – y compris dans les années 1870, la banque mutualiste financera des travaux universitaires indépendants pour faire la lumière sur ce passé », ajoute le CIC dans un communiqué.

En 1910, de nouveaux actionnaires s’emparent de la Banque nationale d’Haïti. Ils sont français, allemands et américains. Encore une fois, la banque nationale du pays est entièrement entre des mains étrangères. Elle accorde un nouveau prêt au gouvernement haïtien, à des conditions draconiennes. Ainsi, en 1911, sur trois dollars perçus grâce à l’impôt sur le café, la principale source de revenus du pays, 2,53 dollars servent à rembourser des sommes empruntées auprès d’investisseurs français.

Dix-neuf ans d’occupation militaire américaine

Les Français s’inquiètent de l’emprise croissante des Américains sur l’actionnariat de la banque nationale. Ils ont raison. La prise d’intérêt des Etats-Unis marque, en réalité, le début de la campagne américaine pour évincer les Français et les Allemands d’Haïti.

En décembre 1914, un petit groupe de Marines s’introduit dans la banque nationale et saisit 500 000 dollars (469 000 euros) en or. Quelques jours plus tard, le butin est entreposé dans une banque à Wall Street. Cette opération préfigure une prise de contrôle beaucoup plus vaste : à l’été 1915, des soldats américains envahissent Haïti. Washington prétexte que le pays est trop pauvre et trop instable pour être livré à lui-même. Commence alors une occupation militaire qui durera dix-neuf ans.

Sous la pression, notamment, de la National City Bank (l’ancêtre de Citigroup), Washington prend le contrôle d’Haïti – le Parlement est dissous, une nouvelle Constitution est rédigée, un gouvernement fantoche est mis en place – et de ses finances. D’après les informations recueillies par le New York Times, en dix ans, « un quart du revenu total d’Haïti est parti en remboursement de dettes contrôlées par la National City Bank ». De plus, les soldats américains recourent au travail forcé et n’hésitent pas à tirer sur les fugitifs. Pour de nombreux Haïtiens, c’est un retour à l’esclavage.

Face à la colère des habitants et à l’indignation internationale, les Etats-Unis finissent par se résigner à un retrait. En 1934, les dernières troupes américaines quittent le pays. Les Etats-Unis maintiendront leur contrôle financier pendant encore treize ans, jusqu’à ce qu’Haïti achève de rembourser ses dettes envers Wall Street.

Un fléau intérieur : la corruption

Si elle n’explique pas tout, la corruption des dirigeants haïtiens n’a fait qu’accentuer la misère du pays. De fait, relève le New York Times, c’est un problème qui remonte à loin :

« En accordant le prêt de 1875, les banquiers français ont d’emblée prélevé 40 % de son montant total. Le reliquat a essentiellement servi à rembourser d’autres dettes, et une petite part a disparu dans les poches de fonctionnaires haïtiens véreux. »

En 1957, les Haïtiens élisent pour président un médecin, François Duvalier. Ce dernier est d’ailleurs soutenu par Washington. A cette époque, et pour la première fois depuis cent trente ans, Haïti n’a plus à porter le fardeau d’une dette internationale écrasante. Mais, pendant trente ans, le pays subira la dictature brutale de « Papa Doc » puis de son fils qui détourneront des millions de dollars. A cela s’ajoutent les nombreuses catastrophes naturelles qui ont dévasté le pays au cours de son histoire récente : le tremblement de terre meurtrier de 2010, celui survenu en 2021, l’ouragan Gordon en 1994, Jeanne en 2004, Matthew en 2016

Un chapitre occulté de l’histoire de France

L’affaire de la « double dette » est un épisode caché, du moins méconnu, de l’histoire de France. Le 7 avril 2003, le président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, prononce un discours qui aura l’effet d’une déflagration : il demande à la France une restitution de la somme payée par son pays, qu’il chiffre très exactement à 21 685 135 571 dollars et 48 cents. Les diplomates français s’étouffent et raillent ce montant qu’ils jugent délirant. Néanmoins, une analyse économique du New York Times révèle que « les pertes à long terme causées par les versements d’Haïti à la France pourraient être étonnamment proches du chiffre avancé par M. Aristide. L’estimation du président haïtien pourrait même avoir été modeste. »

En 2004, M. Aristide est chassé du pouvoir et quitte Haïti, à l’issue d’une opération orchestrée par la France et les Etats-Unis. Paris et Washington « ont toujours déclaré que son éviction n’avait rien à voir avec la demande de restitution, accusant plutôt le tournant autocratique du président haïtien et sa perte de contrôle du pays », rappelle le New York Times. Mais Thierry Burkard, ambassadeur de France à Port-au-Prince en 2004, a reconnu auprès du journal que les deux pays ont bien orchestré « un coup » contre M. Aristide. Quant au lien entre son éviction et la demande de restitution, M. Burkard reconnaît que « c’est probablement ça aussi un peu ». Le quotidien explique ensuite qu’en demandant une restitution, Haïti « risquait d’inciter d’autres pays des Caraïbes et d’Afrique à suivre son exemple ».

Le prix de l’indépendance : plus de 100 milliards d’euros ?

Malgré la révolution, il y a donc une convergence d’intérêts entre les anciens colons et les nouveaux oligarques qui rend les négociations possibles autour de la fameuse “dette”, que Frédéric Thomas qualifie de “phénomène inédit“. “C’est une dette imposée par les vaincus aux vainqueurs, et qui impose aux vainqueurs d’indemniser les pertes dues à la fin de l’esclavage et de la colonisation“, s’étonne-t-il.

Certains parlent même de “double dette” car l’Hexagone avait obligé Haïti à emprunter auprès de banques françaises, obligeant la jeune république à payer en plus des intérêts à son ancienne puissance.

Selon une enquête du New York Times sortie en mai 2022, le montant total des sommes versées par Haïti à la France s’élèverait à 525 millions d’euros intérêts compris. Une analyse économique du journal américain évoque même des pertes à long terme entre 20 et 108 milliards d’euros, à cause d’une “spirale de l’endettement qui a paralysé le pays” et son développement. La fourchette basse correspond d’ailleurs à ce qu’avait réclamé l’ancien président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, à la France en 2003.

Mais l’Hexagone n’est pas le seul responsable. “Au cours du XIXe siècle, il y a eu une période de relative prospérité et de stabilité, […] des moments plus favorables à un développement étatique, mais qui vont être complètement brisés par l’occupation américaine” de 1915 à 1934, souligne Frédéric Thomas. Les États-Unis ont en effet siphonné les finances haïtiennes : toujours d’après le New York Times, en l’espace de dix ans, “un quart du revenu total d’Haïti est parti en remboursement de dettes contrôlées par la National City Bank“. Un contrôle financier qui ne s’achève qu’à la fin des années 40.

Une dette qui symbolise l’exclusion d’Haïti

Au-delà de l’aspect purement économique, la dette de l’ancienne “perle des Antilles” est, pour le politologue belge, “un marqueur de l’exclusion de la scène diplomatique mondiale d’Haïti“, comme un refus d’accepter cette nouvelle république noire issue d’une révolution d’anciens esclaves, événement incroyable à l’époque.

Par cette dette auprès de la France puis des États-Unis, la communauté internationale maintenait donc le pays dans une forme de dépendance, une “subordination à des rapports de force qui se sont reproduits au cours de l’histoire jusqu’à aujourd’hui“.

La manière dont on parle aujourd’hui d’Haïti — en termes de pays maudit ou d’un pays ingouvernable — reprend une grande partie des stéréotypes avec lesquels on parlait au moment de l’indépendanceDonc c’est ça qu’il faut aussi corriger“, assure Frédéric Thomas. Et la responsabilité de la communauté internationale, non seulement historiquement par rapport à cette dette, mais encore aujourd’hui par la situation dans laquelle est plongée Haïti, est lourde.”

 

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